Au centre Gleneagle de Killarney (Irlande), du 26 au 28 avril dernier, se tenait la conférence de l’EPATH, organisation européenne des professionnel·les de la santé trans. La délégation de Trajectoires Jeunes Trans, d’une douzaine de membres, a participé et activement contribué à la conférence, présentant huit communications orales et un poster scientifique.
L’équipe de la Pitié-Salpêtrière a présenté les résultats issus de sa consultation Diversité de Genre. La communication, qui donnera lieu à une publication scientifique, a fait le point sur les 239 enfants et adolescent·es trans ou en questionnement suivi·es à la consultation depuis 2012. Il ressort que parmi ces jeunes, et après avis d’une réunion de concertation pluridisciplinaire, 11% d’entre eux ont bénéficié de retardateurs de puberté (à l’âge moyen de 13,8 ans) ; 44% d’entre eux ont bénéficié d’un traitement hormonal masculinisant ou féminisant (en moyenne vers 16,8 ans) ; et 20% des jeunes hommes trans ont bénéficié de torsoplasties (en moyenne vers 18,4 ans). Le temps moyen entre la première consultation et l’initiation d’un traitement hormonal – pour ceux qui y ont eu recours – était d’un an. Concernant la transition sociale, 40% des jeunes l’avaient déjà réalisée avant la première consultation. À l’issue du suivi, 74% auront fait une transition sociale dans la famille et 61% à l’école.
Lire le résumé intégral de la communication ici.
Trois présentations coordonnées autour d’un mini-symposium, « La Démocratie Sanitaire à Paris », étaient présentées conjointement par des professionnel·les de santé de la Pitié-Salpêtrière et des représentant·es d’usager·ères. À des échelles différentes, les communications discutaient le principe de santé publique de participation des personnes concernées dans la mise en œuvre de leurs soins, tant dans la prise de décision médicale partagée (notamment depuis l’arrivée de l’association OUTrans dans les réunions de concertation pluridisciplinaire), que dans l’organisation des soins (Trajectoires Jeunes Trans), ou dans la formation des médecins de ville (Le Réseau Santé Trans).
Lire les résumés intégraux des communications ici.
Au sein du mini-symposium « La Santé et la Recherche Communautaires », deux communications de l’Espace Santé Trans, membre de TJT, présentaient les activités de cette association, qui a formé en 2021 près de 300 professionnel·les de santé mentale. Le programme de réduction des risques suicidaires « Sentinelle » est financé par l’Agence Régionale de Santé d’Île-de-France. Il a permis de former des dizaines de personnes issues de la communauté trans à la reconnaissance des signes de suicidalité, très fréquents dans cette population, et l’orientation vers un réseau de professionnel·les de santé mentale formé·es. L’association y a présenté également les résultats issus de sa permanence hebdomadaire d’écoute psychologique, assurée depuis peu dans le centre LGBTQI+ de La Bulle à Paris.
Lire les résumés intégraux des communications ici.
Psychologue à la consultation Diversités de Genre de la Pitié-Salpêtrière, Fanny Poirier a présenté sa thèse sur la construction d’identité non-binaire chez les jeunes (16-25 ans), sous la direction de Laurie Laufer et Ouriel Rosenblum. Forte des résultats de 79 entretiens semi-structurés réalisés (personnes trans et/ou non-binaires, et personnes cis), l’étude brosse un portrait complexe de l’émergence d’identités non-binaires en France. Pour accéder à la thèse, vous pouvez contacter Fanny Poirier ici.
Lire le résumé intégral de la communication ici.
Psychologue au CECOS de l’Hôpital Jean Verdier dirigé par Pr Florence Eustache, Nicolas Mendes a présenté les résultats de l’activité de préservation de fertilité du CECOS pour les adolescentes et jeunes femmes trans qui souhaitent avoir recours aux transitions hormonales (qui peuvent affecter la fertilité). Sur les 71 patientes trans suivies au CECOS entre 2018 et 2022 (âge moyen : 17.5 ans), 43% d’entre elles exprimaient un désir parental et 43% autres ne savaient pas, la majorité (77%) souhaitant toutefois une autoconservation de gamètes. Les motifs de refus d’autoconservation de la part des autres patientes étaient l’absence de désir parental, le retard dans l’initiation d’une transition hormonale, ou les difficultés inhérentes à l’autoconservation.

Dans un poster, qui donnera lieu prochainement à une publication scientifique, Claire Vandendriessche, coordinatrice associative de TJT, et David Cohen, chef de service de la psychiatrie de l’enfant et l’adolescent à la Pitié Salpêtrière, sont revenu·es sur le constat unanimement partagé d’une prédominance de jeunes assignés fille à la naissance chez les adolescent·es, et, s’appuyant sur les données de l’Agence Européenne des Droits Fondamentaux (~100.000 personnes LGB cis, ~20.000 personnes trans), expliquent ce phénomène par les plus grandes difficultés des jeunes assignés garçon à la naissance à faire leur coming out dans l’adolescence. Ce résultat est retrouvé chez les jeunes LGB cisgenres : les jeunes gays cis, comme les jeunes femmes trans, ont plus de difficultés à faire leur coming out dans l’adolescence que les jeunes lesbiennes cis ou les jeunes hommes trans, ce que les auteurs imputent à une plus grande difficulté à transgresser la masculinité que la féminité. Plus tard, à l’âge adulte, les proportions s’inversent, favorisant le coming out chez les personnes assignées garçon, de telle sorte que les ratios de genre entre personnes assignées garçon et assignées fille semblent s’équilibrer, dans la population générale trans comme dans la population générale LGB cis. Le coming out plus tardif des LGBTQI+ assigné·es garçon à la naissance s’observe dans chacun des 30 pays d’Europe étudiés, avec des variations qui laissent supposer une influence des politiques nationales plus ou moins répressives des personnes LGBTQI+.
Pour avoir accès au poster, récompensé à la conférence de l’EPATH du prix du meilleur poster, contacter ici l’autrice principale de l’étude.
Le rendez-vous est pris pour la prochaine conférence de l’EPATH, qui aura lieu à Hambourg en 2024, et en attendant la conférence de la WPATH (organisation mondiale des professionnel·les de la santé trans) de Lisbonne en 2023.
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