Bloqueurs de puberté et suicidalité : nouvelle étude auprès de 230 000 jeunes

Une vaste étude américaine publiée en juillet 2026 dans JAMA Network Open apporte de nouvelles données sur la santé mentale des jeunes trans recevant des bloqueurs de puberté. Elle se distingue par la taille de son échantillon – 231 783 jeunes -, une période d’observation de près de dix ans et la comparaison de quatre groupes : jeunes trans avec ou sans prescription de bloqueurs, jeunes cisgenres recevant ces médicaments pour une puberté précoce et jeunes cisgenres n’en recevant pas. Cette approche longitudinale, fondée sur environ 1,85 million d’observations annuelles issues de différents régimes d’assurance maladie, permet d’étudier les associations entre prescriptions et diagnostics à grande échelle. Chez les jeunes trans, la prescription de bloqueurs était principalement associée à une atténuation significative des idées et comportements suicidaires.

Quatre groupes comparés à partir des données de santé

Les chercheurs ont analysé des données américaines de remboursement recueillies entre janvier 2016 et janvier 2025. Les jeunes, âgés de 10 à 17 ans, étaient considérés comme trans lorsqu’au moins un diagnostic associé à la transidentité apparaissait dans leur dossier. Les prescriptions de bloqueurs de puberté étaient identifiées au moyen des codes nationaux des médicaments, tandis que les situations dans lesquelles ceux-ci pouvaient être utilisés pour une autre indication étaient exclues.

L’échantillon comprenait 1 260 jeunes trans avec une prescription de bloqueurs, 40 212 jeunes trans sans prescription de bloqueurs, 78 111 jeunes cisgenres traités par bloqueurs pour une puberté précoce, et enfin un échantillon aléatoire tiré au sein des plus de 22 millions de jeunes cisgenres sans prescription de bloqueurs.

Les analyses se sont concentrées sur deux catégories de diagnostics : les troubles de l’humeur – catégorie large comprenant notamment la dépression, l’anxiété et les troubles de l’adaptation – et les idées ou comportements suicidaires. Les modèles tenaient compte de l’âge, de l’année, du type d’assurance, de la région, de différents facteurs sociodémographiques, du niveau de défavorisation du lieu de résidence et de l’environnement politique relatif aux droits des personnes trans.

Des inégalités de santé mentale très importantes

Dans l’ensemble, 30,7 % des jeunes trans avaient reçu un diagnostic appartenant à la catégorie des troubles de l’humeur, contre 10,8 % des jeunes cisgenres. Les diagnostics liés aux idées ou comportements suicidaires concernaient 5,6 % des jeunes trans, contre 0,9 % des jeunes cisgenres.

Parmi les jeunes trans, les diagnostics relatifs à la suicidalité étaient moins fréquents chez celles et ceux ayant reçu des bloqueurs : 3,65 %, contre 5,65 % en l’absence de prescription. Après ajustement, les jeunes trans restaient beaucoup plus susceptibles que les jeunes cisgenres d’avoir reçu un diagnostic de trouble de l’humeur ou lié à la suicidalité. Toutefois, l’association entre transidentité et mauvaise santé mentale était partiellement atténuée lorsque les jeunes avaient reçu des bloqueurs. Cette différence était particulièrement marquée pour les idées et comportements suicidaires (aOR = 0,20).

Ces résultats ne signifient pas que les bloqueurs suffisent à supprimer les inégalités de santé mentale auxquelles sont confrontés les jeunes trans. Ils n’apportent cependant aucun élément en faveur d’une dégradation spécifique de leur santé mentale et montrent, au contraire, une association favorable particulièrement nette concernant la suicidalité.

Des résultats cohérents avec les recherches antérieures

Cette nouvelle étude rejoint de nombreux travaux antérieurs. Par exemple, en 2020, Turban et ses collègues avaient observé que les personnes trans ayant souhaité des bloqueurs pendant l’adolescence rapportaient moins fréquemment des idées suicidaires lorsqu’elles y avaient eu accès. Une étude prospective publiée en 2022, portant plus largement sur l’accès aux bloqueurs ou aux hormones d’affirmation de genre, avait également retrouvé une diminution de la dépression et des pensées suicidaires au cours de la première année de prise en charge. Le mécanisme à l’œuvre a fait l’objet de plusieurs études qualitatives, par exemple celle menée par Cal Horton auprès de jeunes trans et de leurs familles, qui décrivent fréquemment les bloqueurs comme un soulagement face aux changements corporels redoutés et comme un moyen de disposer de davantage de temps pour envisager la suite du parcours. Dans le contexte politique américain où ces soins font l’objet d’interdictions décidées directement par le président Trump, les résultats de Clair Kronk et de ses collègues renforcent l’importance de garantir aux jeunes trans un accès effectif à des soins soutenus par les données acquises de la science.

Cliquer ici pour consulter l’étude.

 

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