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Au-delà du regret : une vaste étude sur 957 personnes dissèque les facteurs de leur détransition

Une nouvelle étude, conduite par Kinnon MacKinnon et ses collègues (dont Annie Pullen Sansfaçon, membre de TJT) auprès de 957 personnes âgées de 16 à 74 ans, explore de manière systématique les expériences de détransition et de transitions interrompues aux États-Unis et au Canada. Au moyen d’une analyse en classes latentes, les auteurs ont identifié quatre profils distincts (A, B, C et D), chacun représentant un ensemble cohérent de raisons, de trajectoires et de contextes psychosociaux. Cette approche permet de dépasser les catégories traditionnelles qui associaient de manière trop simple la détransition au regret, en montrant que ce phénomène se décline en diverses formes, parfois volontaires, et parfois contraintes. L’étude s’inscrit ainsi dans un renouvellement conceptuel en éclairant la pluralité des parcours, et en soulignant que la détransition recouvre des réalités très différentes selon les personnes.

La classe A regroupe les personnes qui rapportent les niveaux les plus élevés de souffrance psychique, de neurodivergence et de changements internes d’identité. Elles expriment aussi davantage d’insatisfaction liées aux traitements. Ces participants, majoritairement AFAB (assignés filles à la naissance) et relativement jeunes, sont également ceux qui affirment le moins une identité trans au moment de l’enquête. Leur profil correspond à ce que d’autres travaux appelaient des détransitions centrées sur des remaniements identitaires profonds. Ils présentent aussi les niveaux de regret les plus élevés, tant pour la transition sociale que médicale, comme le montre la Figure 7 (ci-dessous) où leurs scores, souvent proches du maximum, surplombent nettement ceux des autres classes. Ces données soulignent que, pour ce groupe, la détransition s’inscrit dans une dynamique complexe où vulnérabilités psychiques, attentes non satisfaites et révisions identitaires s’entrecroisent.

Figure 7 : Scores de regret liés à la transition sociale et médicale selon la classe latente

La classe B offre un tableau très différent. Ces personnes, elles aussi majoritairement AFAB, rapportent une expérience relativement positive des traitements, une satisfaction modérée et une évolution identitaire progressive. Leur détransition ne s’accompagne généralement pas d’une rupture complète avec une identité trans ou queer, et leur expérience témoigne davantage d’une redéfinition de soi que d’un retournement. Sur la Figure 7, leurs scores de regret sont significativement plus bas que ceux des classes A et C, et se concentrent dans la partie basse de l’échelle. Cela illustre la thèse centrale de l’étude : on peut détransitionner sans regret, par maturation identitaire ou ajustement personnel. La classe B occupe ainsi une position intermédiaire, révélant un type de détransition non dramatique et peu conflictuel, ancré dans une continuité plutôt que dans une rupture.

La classe C se caractérise par une forte exposition à l’adversité sociale : discriminations, conflits interpersonnels, ruptures familiales et stress minoritaire. Ces participants présentent aussi les scores ACE (adverse childhood experiences) les plus élevés, signe d’adversités infantiles plus fréquentes. Sur le plan du regret, la Figure 7 montre des scores élevés, bien que moins extrêmes que ceux de la classe A. Ce groupe incarne un profil où la détransition est parfois contrariée ou difficilement réalisable (dans 29,1 % des cas) : les individus souhaitant parfois modifier leur transition mais se heurtant à des obstacles structurels, sociaux ou relationnels. Pour ces personnes, regret, stress minoritaire et adversités interpersonnelles se combinent, formant un paysage où la détransition est moins un choix autonome qu’un processus sous tension, marqué par des vulnérabilités passées et présentes.

La classe D, enfin, représente celles et ceux qui ont interrompu leur transition principalement en raison de facteurs externes, comme le manque de soutien ou la discrimination. La très grande majorité continue d’affirmer une identité trans ou non binaire, ce qui distingue cette classe des trois autres. Bien qu’ils aient souvent dû suspendre une transition souhaitée, leurs scores de regret sont les plus bas parmi les quatre classes, comme l’illustre la Figure 7 où les triangles se regroupent dans les valeurs faibles et n’atteignent jamais les sommets observés ailleurs. Ce groupe incarne les « transitions interrompues » ou les « détransitions forcées » : il s’agit moins de détransitions désirées par la personne que de parcours contraints par la transphobie, qui reprennent parfois ultérieurement sous forme de retransition.

Dans l’ensemble, l’étude DARE montre que regret, identité et détransition ne forment pas un continuum simple. Certaines personnes détransitionnent avec regret profond (classe A), d’autres détransitionnent sans regret (classe B), d’autres souhaitent détransitionner mais peuvent rencontrer des obstacles (classe C), et certaines sont forcées d’interrompre leur transition tout en conservant une identité trans affirmée (classe D). En rendant visibles ces profils distincts, notamment via la Figure 7, l’étude appelle à des pratiques cliniques plus nuancées et à une compréhension renouvelée de la détransition, loin des simplifications. Les auteurs insistent sur la nécessité d’intégrer dans les soins la possibilité de parcours non linéaires, comprenant transitions, pauses, révisions ou retransition, et sur l’importance de distinguer regret, contrainte et évolution identitaire dans l’accompagnement clinique.

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