Une nouvelle étude néerlandaise, menée par la Dre Isabelle van der Meulen et ses collègues, s’intéresse aux effets à long terme de la suppression de la puberté sur la fonction sexuelle des personnes transféminines ayant eu une vaginoplastie (à l’âge adulte), en comparant celles qui ont commencé ce traitement en début de puberté (Tanner 2/3) ou en fin de puberté (Tanner 4/5). La suppression de la puberté avec des agonistes de la GnRH (GnRHa) vise à éviter le développement des caractéristiques sexuelles secondaires indésirables et à donner du temps pour favoriser l’exploration de l’identité de genre et définir (ou non) des objectifs de transition.
Cependant, le manque de données concernant l’impact de ces traitements sur la sexualité future, notamment en fonction du moment de leur mise en œuvre, suscite des préoccupations cliniques. Il a été notamment suggéré que l’absence de sécrétion de testostérone lors de la pause de puberté, suivi de l’administration d’estrogènes, pourrait impacter négativement la fonction sexuelle future.
Les résultats montrent toutefois que 91 % des participantes ressentaient du désir sexuel après la chirurgie, 89 % de l’excitation et 78 % atteignaient l’orgasme, avec des taux similaires entre les groupes traités en début ou fin de puberté. La majorité des participantes ayant commencé leur traitement en début de puberté ont eu une vaginoplastie intestinale, tandis que celles traitées en fin de puberté ont surtout eu recours à la technique d’inversion pénienne. Ces différences chirurgicales n’ont pas affecté les résultats en matière de désir, d’excitation ou d’orgasme après l’opération. Il est notable que ces taux sont comparables à la population des femmes cisgenres, 70 % d’entre elles atteignant fréquemment l’orgasme mais 10 % ne l’atteignant jamais.
Concernant les difficultés sexuelles, 67 % des participantes sexuellement actives ont rapporté au moins un problème, comme des douleurs pendant les rapports (52 % des problèmes rapportés). Ces problèmes étaient équivalents dans les deux groupes de traitement. Un facteur important pesant sur ces difficultés sexuelles étaient les sentiments de honte du corps (57 %) et la peur que leur partenaire découvre leur opération (58 %), soulignant l’importance d’un suivi psychologique et sexologique. Là encore, la population des femmes cisgenres rencontre elle aussi fréquemment des difficultés sexuelles (42 % des femmes cis néerlandaises et 43 % des femmes cis américaines).
Fait remarquable, l’expérience d’un orgasme avant la chirurgie n’était pas nécessaire pour en atteindre un après. Parmi les participantes qui n’avaient pas connu d’orgasme avant la chirurgie, 75 % ont pu en expérimenter un après l’intervention. Ces données indiquent que le moment où le traitement commence (début ou fin de puberté) n’a pas d’impact négatif significatif sur la capacité à atteindre un orgasme ou sur d’autres aspects de la fonction sexuelle.
En conclusion, cette étude rassure sur l’impact de la suppression précoce de la puberté et des traitements de transition sur la fonction sexuelle des personnes transféminines. Elle souligne cependant que la sexualité va au-delà de la fonctionnalité anatomique, impliquant des dimensions psychologiques, relationnelles et culturelles. Les résultats devraient encourager des soins sexologiques personnalisés et des recherches supplémentaires sur le bien-être global des personnes transféminines après la transition.
Pour accéder à l’étude complète, cliquez ici.
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