medecine de la reproduction vol 24 cover

L’accompagnement des mineur·es trans autour de la préservation de la fertilité

La préservation de la fertilité chez les mineur·es trans ou en questionnement de genre constitue une problématique complexe mêlant droits reproductifs, éthique médicale et accompagnement psychologique. Chrystelle Lagrange et Fanny Poirier, psychologues clinicien·nes, examinent dans leur article les défis auxquels sont confronté·es les jeunes et leurs familles lorsqu’un traitement hormonal d’affirmation de genre est envisagé. Ces interventions, bien qu’essentielles pour l’épanouissement identitaire, peuvent avoir un effet sur la fertilité future, rendant indispensable une réflexion préalable.

Les auteur·ices rappellent que les évolutions législatives, telles que l’abandon de la stérilisation obligatoire pour la reconnaissance légale du genre, ont marqué un tournant dans la reconnaissance des droits des personnes trans. Toutefois, en dépit des recommandations internationales en faveur d’une information éclairée et répétée dans le temps sur les options de préservation de fertilité, peu de mineur·es trans optent pour une cryoconservation de leurs gamètes. Ce faible recours s’explique par des obstacles pratiques, des réticences liées aux techniques médicales ou encore une difficulté à se projeter dans une parentalité future. Une adolescente trans de 15 ans, Eva, illustre ce dilemme. Refusant d’envisager la préservation de ses spermatozoïdes, elle a priorisé la mise en place rapide d’un traitement hormonal, mettant ainsi en lumière l’urgence ressentie par certain·es jeunes.

La prise de décision en matière de préservation de la fertilité est particulièrement complexe chez les mineur·es, car elle implique des considérations liées à leur maturité affective et cognitive. Les bloqueurs de puberté et les traitements hormonaux induisent des temporalités distinctes : à court terme, ils modifient le développement physique ; à long terme, ils altèrent potentiellement la fertilité. Le cas de Malou, 17 ans, montre l’importance d’un accompagnement progressif. Après deux ans de thérapie individuelle et des discussions approfondies avec ses parents, elle a pu envisager et réaliser une conservation de gamètes, grâce à un dialogue constructif.

La consultation familiale dans son ensemble joue un rôle clé dans l’accompagnement des mineur·es. Les auteur·ices décrivent ces consultations comme des espaces sécurisés permettant à chaque membre de la famille d’exprimer ses préoccupations et ses besoins. Pour Charles, garçon trans de 14 ans, l’idée de conserver ses ovocytes a généré une forte angoisse. Après un temps de réflexion et des échanges avec sa mère, il a finalement décidé de ne pas procéder à la préservation, affirmant ainsi son autonomie et prenant en compte son ressenti psychologique et corporel.

Les vignettes cliniques révèlent également la diversité des réactions familiales. Les parents, souvent traversé·es par des inquiétudes, doivent s’ajuster à la temporalité de leur enfant tout en naviguant dans leurs propres questionnements. Dans le cas de Maël, 16 ans, ses parents ont exprimé des préoccupations liées aux traitements hormonaux et à leurs conséquences physiques et psychiques. L’urgence ressentie par Maël à débuter son traitement s’est heurtée à ces préoccupations parentales, illustrant la nécessité d’une médiation entre les besoins du jeune et ceux de sa famille.

Lagrange et Poirier soulignent que la préservation de la fertilité ne doit pas être perçue comme une obligation, mais comme une option parmi d’autres. Iels insistent sur l’importance d’un consentement libre et éclairé, basé sur des informations adaptées à la maturité des jeunes. Les consultations médicales et psychologiques doivent permettre d’explorer les implications biologiques et psychiques de ces décisions, tout en respectant l’autonomie des mineur·es. Les auteur·ices évoquent également l’intérêt d’un suivi continu pour réévaluer les décisions prises à mesure que le/la jeune évolue.

Les implications éthiques de ces décisions sont au cœur de l’article. S’appuyant sur les principes de l’éthique biomédicale, les auteur·ices mettent en avant la nécessité de trouver un équilibre entre la bienfaisance, l’autonomie, la justice et la non-malfaisance. Iels insistent sur l’importance d’adopter une posture d’écoute et de respect envers les jeunes, tout en tenant compte des dynamiques familiales et des spécificités de chaque situation.

La parentalité, bien qu’hypothétique pour de nombreux·ses jeunes, peut jouer un rôle dans la construction identitaire. Certain·es, comme Malou, y voient une possibilité à explorer, tandis que d’autres, comme Charles ou Maël, préfèrent remettre cette question à plus tard. Les auteur·ices rappellent toutefois que les lois bioéthiques actuelles en France limitent l’utilisation des gamètes conservés en cas de changement d’état civil, ajoutant un enjeu juridique aux réflexions des jeunes et de leurs familles.

L’article conclut sur la nécessité de former les professionnel·les de santé à ces enjeux spécifiques et de développer des approches transaffirmatives pluridisciplinaires. Ces démarches doivent intégrer les dimensions médicales, psychologiques, éthiques et sociales pour offrir un accompagnement adapté aux jeunes et à leurs familles. Comme le soulignent les auteur·ices, la préservation de la fertilité n’est pas seulement une question médicale, mais aussi une opportunité de renforcer la résilience et l’autonomie des mineur·es dans leur parcours d’affirmation de genre.

Pour accéder à l’article, cliquer ici.

+ d’actualités

Jeunes autistes trans : une autre étude valide la légitimité de leur identité
jeunes-autistes-trans-etude

Jeunes autistes trans : une autre étude valide la légitimité de leur identité

Nouvelle publication de l’équipe britannique

Lire la suite
1440 1024 Trajectoires Jeunes Trans
Violation de consentement des mineurs : quand les législations U.S. pathologisent l’intersexuation et la transidentité
carte-us-legislations-mineurs

Violation de consentement des mineurs : quand les législations U.S. pathologisent l’intersexuation et la transidentité

Étude sur un paradoxe législatif moderne

Lire la suite
1440 1024 Trajectoires Jeunes Trans
Au-delà du regret : une vaste étude sur 957 personnes dissèque les facteurs de leur détransition
etude-detransition

Au-delà du regret : une vaste étude sur 957 personnes dissèque les facteurs de leur détransition

Une très large étude sur la détransition

Lire la suite
1440 1024 Trajectoires Jeunes Trans
Baisse de suicidalité observée chez 432 adolescents trans après 2 ans d’hormonothérapie
journal-of-pediatrics-11-2025

Baisse de suicidalité observée chez 432 adolescents trans après 2 ans d’hormonothérapie

Nouvelle étude américaine

Lire la suite
1440 1024 Trajectoires Jeunes Trans
Détransition : comment le soutien parental façonne les trajectoires de genre
journal-of-child-and-family-studies

Détransition : comment le soutien parental façonne les trajectoires de genre

Nouvelle étude de membres de TJT

Lire la suite
1440 1024 Trajectoires Jeunes Trans
Une étude démonte les préjugés sur « l’authenticité » des identités trans chez les jeunes autistes
Kallitsounaki

Une étude démonte les préjugés sur « l’authenticité » des identités trans chez les jeunes autistes

Résultats d’une expérimentation importante en psychologie sociale

Lire la suite
1440 1024 Trajectoires Jeunes Trans
1440 1024 Trajectoires Jeunes Trans