Une étude rétrospective menée auprès de 1 050 jeunes trans ayant initié une hormonothérapie dans une clinique pédiatrique spécialisée entre 2007 et 2022 a examiné les taux et les raisons de discontinuation des hormones d’affirmation de genre, sur des durées de suivi allant de 0,8 à 11,2 ans (médiane : 2,7 ans). L’analyse, menée par Elizabeth Boskey et ses collègues de Harvard, révèle que 93 % des participants continuaient à utiliser ces traitements lors du dernier suivi, 2 % avaient interrompu temporairement avant de reprendre, et 4 % avaient arrêté définitivement. 0,5 % ont arrêté les hormones en raison d’une réidentification au genre associé à leur sexe assigné à la naissance (détransition). Ces résultats montrent que les détransitions sont rares et que la majorité des arrêts sont liés à des raisons autres que l’identité de genre, telles que l’atteinte des objectifs personnels ou des obstacles logistiques.
Les raisons de l’arrêt des traitements sont variées. La majorité des personnes ayant interrompu les hormones l’ont fait parce qu’elles avaient atteint leurs objectifs d’expression ou d’incarnation du genre, par exemple en obtenant des changements physiques durables qui ne nécessitent plus de traitement continu. D’autres raisons incluent des difficultés liées à l’accès aux médicaments, telles que le coût ou la complexité administrative, ou encore des préoccupations concernant les effets secondaires. Dans certains cas, des contraintes pratiques, comme l’administration hebdomadaire des injections, ont également contribué à l’interruption.
L’étude souligne que les jeunes trans ayant des antécédents psychiatriques complexes, tels que des idéations suicidaires, des hospitalisations ou des diagnostics de troubles anxieux, présentent une probabilité légèrement accrue d’arrêt d’hormones. Cependant, ces interruptions ne reflètent généralement pas une remise en question de leur identité de genre, mais plutôt des défis liés à l’accès aux soins ou à des facteurs personnels. En revanche, d’autres troubles psychiatriques, tels que l’autisme ou les troubles obsessionnels compulsifs, n’ont pas été associés à une probabilité accrue d’interruption, indiquant que ces diagnostics ne devraient pas limiter l’accès aux traitements hormonaux.
Les effets physiques des traitements, comme la virilisation induite par la testostérone (pilosité accrue, voix grave), peuvent être permanents. Pour les auteur·ices, cela explique pourquoi certains individus choisissent d’arrêter les hormones après avoir atteint leurs objectifs physiques, sans remettre en question leur identité transgenre. Ces arrêts, motivés par une satisfaction vis-à-vis des résultats obtenus, contrastent avec les récits médiatiques qui associent souvent la discontinuation aux regrets ou aux détransitions.
Les chercheur·ses mettent en avant des obstacles systémiques qui contribuent à l’interruption des traitements. Les individus bénéficiant de Medicaid ou issus de milieux socio-économiques précaires sont particulièrement vulnérables aux pertes de suivi, souvent en raison de difficultés financières ou administratives. Ces barrières soulignent l’importance d’améliorer l’accès aux soins d’affirmation de genre pour assurer un suivi médical continu et adapté.
L’analyse des données indique que la grande majorité des jeunes trans poursuivent leurs traitements hormonaux à l’âge adulte. Les interruptions temporaires ou définitives sont principalement motivées par des raisons pratiques ou personnelles, et non par des regrets liés à leur transition. Ces résultats appellent à une meilleure reconnaissance des besoins diversifiés des personnes trans, tout en réfutant les arguments restrictifs basés sur des cas isolés de détransition.
La littérature scientifique examinée dans cet article confirme les bénéfices significatifs des soins d’affirmation de genre sur la santé mentale et le bien-être des individus transgenres, tout en soulignant que les cas de regret ou de détransition restent extrêmement rares. Les études menées dans différents contextes, notamment aux États-Unis et en Europe, montrent que la majorité des arrêts de traitements hormonaux sont temporaires ou liés à des facteurs extérieurs, et non à une remise en cause de l’identité de genre. Ces résultats appellent à replacer les débats sur les soins d’affirmation de genre dans une perspective fondée sur les données, en reconnaissant les effets positifs pour la majorité des patients tout en travaillant à réduire les obstacles à leur accès.
Pour lire l’étude, en anglais, cliquez ici.
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