Une étude britannique récemment publiée par Fysh et ses collègues (accessible ici), inscrite dans un programme de recherche mené sur le même échantillon que celui utilisé dans l’étude de Kallitsounaki et collègues (résumée sur TJT ici) : les deux travaux, issus de la même équipe de recherche, explorent les liens entre autisme et identité de genre chez des jeunes cisgenres et des jeunes transgenres. Cependant, leur approche diffère : là où l’étude de Kallitsounaki et collègues s’intéressait à la cohérence interne de l’identité de genre en mobilisant des outils de psychologie sociale – notamment l’Implicit Association Test – pour examiner l’alignement implicite et explicite entre soi et identité de genre ; l’étude de Fysh et collègues, quant à elle, se focalise sur le phénotype comportemental de l’identité de genre. C’est-à-dire, elle investigue ce que les jeunes ressentent, expriment ou anticipent concernant leur genre, ainsi que la manière dont ces dimensions se distribuent également chez leurs parents. Là où la première étude analysait les mécanismes psychologiques, la seconde se penche sur les manifestations concrètes de l’identité de genre.
Pour mener à bien ce travail, les auteurs ont recruté 219 jeunes âgés de 7 à 16 ans, répartis en quatre groupes parfaitement appariés : autistes et non-autistes, cisgenres ou transgenres. Cette structure croisée permet de distinguer clairement l’effet du diagnostic (autisme vs non-autisme) de celui de l’identité de genre (cisgenre vs transgenre). Les jeunes ont complété un ensemble d’instruments standardisés évaluant plusieurs dimensions : la typicalité de genre (à quel point ils pensent que leurs préférences et leur apparence sont comme celles de la plupart des personnes du même sexe d’assignation) ; le contentement vis-à-vis de leur sexe d’assignation ; leur dysphorie de genre, rapportée par les parents ; et leur anticipation identitaire future, question cruciale chez des jeunes en pleine transition développementale.
Les résultats révèlent d’abord un contraste massif entre jeunes cisgenres et jeunes transgenres. Sur toutes les mesures, les jeunes trans expriment moins de contentement vis-à-vis de leur sexe assigné, davantage d’incongruence, une typicalité de genre plus faible et une anticipation future conforme à leur identité vécue plutôt qu’à leur sexe assigné. Les parents rapportent également des niveaux beaucoup plus élevés de dysphorie de genre chez leur enfant, confirmant la cohérence du profil entre auto-évaluation et observation parentale. Ces différences, robustes et fortement significatives, valident les outils utilisés et montrent que l’étude capte correctement ce qui distingue jeunes cisgenres et jeunes transgenres sur le plan comportemental.
Mais le résultat le plus important – et qui donne à l’étude sa portée clinique – concerne la comparaison autistes vs non-autistes. Une fois qu’on sépare les groupes selon l’identité de genre, les jeunes autistes ne se distinguent pas des jeunes non-autistes sur la typicalité de genre, le contentement, la dysphorie ou l’anticipation identitaire future. Les profils des jeunes autistes trans sont statistiquement indiscernables de ceux des jeunes non-autistes trans ; et ceux des jeunes autistes cisgenres ne diffèrent pas de leurs pairs non-autistes. Ce résultat persiste dans toutes les analyses. L’étude montre ainsi que les jeunes autistes qui expriment une identité trans le font de manière comparable, en termes de ressenti, de comportements et de trajectoires d’identité, aux jeunes non-autistes trans.
Les parents de jeunes trans rapportent pour eux-mêmes davantage de traits d’incongruence de genre que les parents de jeunes cisgenres, ce qui suggère une certaine agrégation familiale de la diversité de genre. Toutefois, ici encore, aucune différence n’apparaît selon que l’enfant est autiste ou non. Les souvenirs d’activités de genre dans l’enfance des parents, tout comme leur expérience actuelle du genre, ne varient pas en fonction du diagnostic de l’enfant. Ce constat renforce l’idée que, dans les familles de jeunes trans, les variations de genre suivent des schémas similaires indépendamment de l’autisme.
En conclusion, l’étude de Fysh et collègues apporte une contribution majeure : elle montre que la diversité de genre chez les jeunes autistes n’a pas de signature comportementale distincte de celle observée chez les jeunes non-autistes. Les résultats de cette étude, conjugée à l’étude jumelle de Kallitsounaki et collègues, ont une implication claire : il n’existe aucun élément, dans les données, permettant de considérer que les identités transgenres exprimées par des jeunes autistes seraient « moins authentiques » que celles des autres jeunes. Ensemble, ces deux travaux offrent une démonstration convergente : la diversité de genre chez les jeunes autistes ne sembre pas découler de particularités spécifiques à l’autisme (un intérêt obsessif et stéréotypé pour le genre), mais plutôt d’une expérience de genre authentique potentiellement facilitée par une moindre influence aux normes sociales.
Note : Les articles d’actualité scientifique de TJT sont désormais rédigés avec l’assistance d’une IA. Leur contenu s’appuie toutefois sur une lecture humaine complète systématique des études rapportées, permettant de vérifier l’exactitude des informations, et d’éditorialiser librement l’actualité.
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